Ca y est, je le tiens. Le parfait salopard. Issu de l’establishment, ayant bénéficié de protections paternelles envers et contre une paresse naturelle et innée, Octave est entré dans la banque il y a 20 ans. Intelligent et manipulateur, il a eu le temps de développer un sens aigu de la dialectique qui lui a permis de frayer son chemin dans ce demi monde des diplômés qui ne veulent pas mettre les mains dans le cambouis. Son plus gros déséquilibre aujourd’hui, c’est la distance entre ses contacts au sein de la banque (il connaît tout le monde, de par son statut familial), et ses capacités réelles, totalement émoussées par quinze ans d’inaction et d ‘abus en tout genre.
Une lentille de couleur tamisée s’enclenche naturellement dans l’objectif de la caméra quand il rentre dans mon bureau. L’ambiance prend un ton de vieux miel, les murs se recouvrent de cuir Hermès, on croirait deviner une fine odeur de cigare et un verre de cognac XO se profile en contre-plongée. Le danseur est en costume de coton crème, ses chaussures d’un cuir patiné ressortent sur ma moquette comme pourrait le faire une crotte de très jeune chien ayant forcé sur les cerises. Il n’a pas de Panama mais le déplore, probablement. Sa peau grêlée de petite vérole est le signe d’une jeunesse peu soignée, ou d’un age plus avancé qu’il ne voudrait bien l’admettre. Il a une forte tendance à bronzer des gencives, découvrant à tout propos des dents refaites et toutes blanches. Le danseur possède ce ton de voix qui induit tout,
Félix vit à New York depuis quinze ans. D’un physique peu avantageux, il se remarque surtout par la taille de son nez et son rire hystérique de mangouste hyperactive lorsqu’il n’est pas d’accord avec vous. Après dix minutes d’entretien, on arrive assez facilement à comprendre pourquoi certains américains considèrent les français comme prétentieux, donneurs de leçons et méprisant, avec ce genre d’ambassadeur c’est en effet incontournable. Félix considère les RH tels des valets qui doivent pouvoir lui résoudre ses problèmes administratifs. Il fait partie de cette tranche de clients qui vous appelle uniquement pour savoir si la banque prend en charge la nourriture de leur chat ou
Son physique maigre et joyeux confirme une appartenance à une vielle famille aristocratique, et sa voix légèrement haut perchée en est le prolongement. Dégingandé bien que petit, Paul a les gestes saccadés et le regard vif et sans battement de paupières d’un échassier sur le qui vive. Il dispose également d’un cou d’une longueur improbable, la peau de son visage est tendue, ses traits sont émaciés et sa bouche minuscule, un peu comme si la momie de Ramsès II s’était faite lifter. S’il est vrai que les populations de cadres supérieurs des institutions financières
Souvent souriant, il arrive à glisser jusque dans sa démarche un quart de seconde de retard, comme s’il était né avec le sentiment que tout cela n’est pas bien grave. Il a construit sa carrière sur sa bonne tête, sa vivacité d’esprit, mais jamais sur son travail puisqu’il est partisan du moindre effort. Il est drôle, cultivé, essentiellement généraliste. S’il part à l’étranger, il va mettre en priorité dans ses motivations l’intérêt culturel, la passion pour les religions locales. Il passera ainsi pour un humaniste, et parviendra un temps à impressionner ses pairs et ses boss, qui seront longtemps émerveillés par sont aptitude à être si ouvert et cultivé malgré sa vie professionnelle. Ils mettront
Je sors de trois heures d’entretien avec Raoul. 135 Kilos, une petite voix fluette et un mètre soixante-dix-huit, Raoul ne se voit plus faire pipi depuis une dizaine d’années. Rentré dans la maison en 1981 après de brillantes études, il a gravi les échelons sans grands honneurs mais toujours apprécié de tous. Raoul est, aujourd’hui, un déchet. « Ca, lui, ça va plus du tout, Un monsieur si gentil, et qui était si beau », m’explique Carmélite ma nouvelle assistante. ─ Carmélite (je vous jure, elle s’appelle vraiment Carmélite, normalement je change les prénoms mais là je n’ai pas pu), 58 ans, grande professionnelle de l’aspect administratif des RH, m’enchante.
Jean-Luc Les-Mouches est rentré dans notre grande maison il y a plus de 20 ans. Centralien comme il se plaît à le rappeler parfois (trois fois en un mois sur ma seule personne), il n’est pas issu de la branche parisienne de l’école. Il y a plusieurs Ecoles Centrales en fait, et leur seule réelle homogénéité c’est leur nom, un peu comme Rohan-Chabot et Potel&Chabot : pas grand chose à voir. Donc laissons planer le doute, j’ai fait Centrale point barre. Si on me demande il sera toujours temps d’avouer que c’était Centrale Plougastel. Jean-Luc est un bosseur, et ce probablement depuis toujours : pour ceux qui connaissent le petit Nicolas, c’est Aignan, sauf qu’il n’a jamais
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