Dans notre grande partie de poker humain, la distribution aléatoires des cartes m’a rendu gestionnaire individuel des ressources humaines d’une population que l’on appelle « Etat Major », et qui regroupe sous ce nom pompeux le petit personnel des grands mamamouchis. Chauffeurs, Secrétaires Assistantes. Cela m’a été annoncé suavement par mon ancien patron lors de son départ, sans aucune précision supplémentaire quand au stock (c’est ainsi que nous appelons nos populations, ne rigolez pas au fond de la classe). « Tiens au fait voila tu vas t’occuper de l’état major » résume assez bien la passation / formation à laquelle j’ai eu droit de la part de ce monument d’incommunicabilité et de rétention d’info qu’était Louis Le Hutin.
« Bonjour, Sophie. Excusez-moi de vous embêter avec mes problèmes, je sais que vous avez largement de quoi remplir vos journées. Juste, je faisais le ménage dans mes mails et j'en ai découvert des bizarres de la part de mes deux harceleurs. Vous pourrez constater dans le premier mail que j'avais informé tous les membres de mon équipe de mes congés du 3 au 13 juin et que j'avais eu l'accord du chef Robert. Et vous verrez dans le mail de Ramirez des propos mensongers (c'est une de ses habitudes, mais quand même), non seulement sur mon absence de juin, mais surtout sur le fait que j'aurais fermé les armoires à clé et emporté les clés.
L’une de ces personnes dont on est content qu’elle existe, mais avec laquelle il est très difficile de travailler. Vanessa est Secrétaire Assistante à l’étage des Ressources Humaines, et partage un bureau avec trois autres filles. Elle est grande mais tassée, avec un regard un peu trop fixe. Vanessa, blonde mal décolorée, a dû s’asseoir sur un câble à haute tension quand elle était petite, ses neurones n’en sont pas sortis intacts et les 3000 volts passent toujours. Elle est extraordinairement réactive, au détriment de toute jugeotte, et va se plier en huit pour délivrer un travail systématiquement truffé d’erreurs. Toujours aimable, souriante bien qu’angoissée, Vanessa possède une réelle conscience professionnelle dont elle doit souffrir horriblement puisqu’elle ne peut délivrer que de l’à peu près mal mâché, sur lequel vous allez
Faire les ressources humaines d’un métier très opérationnel et très profitable dans un grand groupe est plutôt enrichissant. On a des interlocuteurs de très bon niveau, dont les synapses fonctionnent nettement mieux que la moyenne, en tout cas que les miens dans la plus part des cas.
On a également bien sur l’incontournable lot de crétins ou de
salopards qui vivent sur la bête, mais ils sont bien identifiés, et
leur position est de ce fait de plus en plus inconfortable avec le
temps qui passe.
Au fond, nous ne sommes pas très éloignés de mon ancien métier : des
gros ego, avec une forte obligation de résultats qui canalise ou exclut
à terme les récalcitrants.
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